Plusieurs enjeux sont sur la table à la veille des élections du 3 novembre aux États-Unis. Et l’un d’entre eux pourrait bien être le comportement de la Bourse, comportement qui pourrait avoir un effet jusque dans les portefeuilles de placement de millions d’épargnants. Dans cet article : quelques éléments de réflexion sur ce sujet, à partir de ce qui a pu être observé lors des élections passées.

Question 1
​Que disent les élections sur les marchés?

Comme on peut le voir dans le graphique suivant, au cours d’une année électorale, les marchés financiers auraient tendance à se comporter plus favorablement lorsque le président en place est réélu que lorsqu’un nouveau président est élu. Cette tendance semble sans égard aux partis politiques et refléterait une préférence des marchés pour le « connu », plutôt que pour l’inconnu. Cependant, il peut être important de rappeler que le contexte socio-sanitaire que nous traversons est inédit à plusieurs points de vue et qu’il pourrait avoir une incidence sur le rendement des marchés, quel que soit le résultat des élections.

Graphique à barres montrant le rendement de la Bourse américaine durant une année électorale, selon le résultat de l’élection. Lorsque le président en poste est réélu, le rendement est en moyenne de 13,4 %. Lorsqu’il est battu, le rendement est de 9,3 %. Et pour l’ensemble des élections, de 11,3 %.

 

À titre indicatif, le rendement annuel moyen de la Bourse au cours de l’année suivant les élections – 9,9 % – serait légèrement inférieur à celui obtenu lors de l’année des élections elles-mêmes – 11,3 %. Autre détail : dans les quatre mois suivant les élections, les marchés auraient offert des rendements moyens supérieurs sous un président républicain, mais cette tendance se renverserait complètement au cours des mois suivants : les présidents démocrates, en effet, dépasseraient les présidents républicains par au moins 7 % sur l’ensemble de la première année. Enfin, notons que c’est sous des présidents démocrates, Clinton et Obama, que la Bourse aurait offert ses meilleurs rendements au cours des 40 dernières années.

Graphique à colonnes montrant le rendement de la Bourse américaine lors de la première année et lors du premier mandat des sept derniers présidents américains. Pour la première année, c’est sous Donald Trump que le rendement a été le plus élevé, avec quelque 36 %. En revanche, pour un premier mandat, Bill Clinton domine avec un rendement  total de 106 %.

Question 2
Que disent les marchés sur les élections à venir?

Si on retourne la lunette, peut-on essayer d’anticiper le résultat des élections à partir du comportement actuel des marchés ? Certains analystes se sont aventurés à le faire en étudiant les élections passées en fonction du rendement de l’indice S&P 500 dans les trois mois précédents. Conclusion : depuis 1928, à l’exception de trois élections seulement, le parti au pouvoir a été réélu lorsque l’indice offrait un rendement positif, et battu lorsque l’indice offrait un rendement négatif. Pour référence, au moment où ces lignes sont écrites, le S&P 500 offrait un rendement légèrement positif pour les trois derniers mois.

Graphique à colonnes mettant en relation le résultat des élections américaines depuis 1928, selon le rendement de l’indice S&P 500 dans les trois mois qui ont précédé. Lorsque le rendement était positif, le parti du président en poste était réélu dans tous les cas, sauf deux. Et lorsque le rendement était négatif, il était battu dans tous les cas sauf un

Question 3
Les marchés préfèrent-ils un président démocrate ou un président républicain?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire en étudiant les discours et les plateformes électorales, ce sont sous les présidences démocrates que les marchés boursiers auraient enregistré leurs meilleurs rendements. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le rendement annuel moyen de l’indice S&P 500 serait plus de 4 % plus élevé sous un président démocrate que sous un président républicain. Cependant, il convient de noter qu’à plus court terme, à la fin du premier mandat, le rendement de la Bourse serait virtuellement le même, en moyenne, sous un président démocrate et sous un président républicain.

Graphique à barres montrant que, depuis 1945, le rendement annuel moyen de l’indice S&P 500 a été de 11,2 % sous les présidents démocrates et de 6,9 % sous les présidents républicains.

 

Cela dit, il pourrait être très téméraire d’essayer de « synchroniser » ses décisions d’investissement en fonction du président en place. Comme l’illustre le graphique suivant, au cours du XXe siècle, il aurait beaucoup mieux valu être investi en tout temps.

Graphique à colonnes montrant qu’une personne qui aurait eu un capital de 10 000 $ en 1900 aurait aujourd’hui un capital de 98 338 $ si elle avait investi seulement sous un président républicain, et de 429 526 $ si elle avait investi seulement sous un président démocrate. Cependant, si elle était demeurée investie en tout temps, son capital serait de 4,2 millions de dollars.

Question 4
Qu’en est-il de la division des pouvoirs?

Plusieurs facteurs autres que le président en place pourraient évidemment expliquer le comportement des marchés. L’un de ceux auxquels on pense le moins est la composition des deux composantes du Congrès américain : la Chambre des représentants et le Sénat. À ce chapitre les marchés semblent clairs : ils préfèrent que le pouvoir législatif du Congrès ne soit pas entièrement entre les mains du même parti que le pouvoir exécutif du président, ce qui évite l’adoption de mesures trop radicales.

Comme on peut le voir ici, sous un président démocrate, les meilleurs rendements auraient été obtenus lorsque le Congrès était républicain – et sous un président républicain, lorsque le Congrès était divisé. Cela pourrait donc inciter à porter une attention particulière au volet sénatorial des élections du 3 novembre.

Graphique à colonnes montrant que, depuis 1950, les marchés ont offert un meilleur rendement annuel moyen lorsque le Congrès n’était pas contrôlé par le même parti que la présidence. Sous un président démocrate, les meilleurs rendements ont été obtenus lorsque le Congrès était entièrement républicain. Sous un président républicain, ce fut lorsque le Congrès était divisé.

 

En conclusion, que faut-il attendre des marchés à partir d’aujourd’hui ? La réponse pourrait être davantage dans 12 mois – et même 48 – que le 3 novembre.